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mardi 21 mars 2017

Crise du football malien : Qui a perdu maintenant ?

Sidy Diallo et son mentor de ministre Housseini Amion Guindo
Le Mali traverse une crise footballistique sans précédent. Guerre interne entre dirigeants, accusations de détournement de fonds et conflit sans fin. En annonçant la dissolution du bureau, le ministre des Sports, Housseini Amion Guindo, connaissait les conséquences, mais a voulu faire avancer les choses coûte que coûte.
La genèse. Tout est parti de la décision des clubs et Ligues majoritaires à l’assemblée générale ordinaire du 10 janvier 2015 de se coaliser contre «les multiples malversations financières et violations des textes érigés en règle de gestion sous la gouvernance de Boubacar Baba Diarra fut-il Inspecteur général de Police». Un combat dans lequel ces clubs et Ligues se sont résolument engagés «pour le triomphe du droit et de la justice». Cela avait poussé les responsables de ces clubs et ligues majoritaires à faire recours aux appréciations de la FIFA et du Tribunal arbitral du Sport (TAS) et d’introduire auprès des tribunaux de droit commun des plaintes relatives à certains aspects particuliers de la gestion du football au Mali. «Nous avons une foi inébranlable dans la justice de notre pays et au lieu fondé de notre action auprès du TAS. Nous fondons de réels espoirs que ces deux juridictions diront le droit, en faisant prévaloir la légalité et la légitimité», avait indiqué Moussa Konaté. C’est ainsi que depuis le 15 juillet 2015, 30 des 55 membres de l’instance suprême de la fédération ont saisi le Comité exécutif aux fins de la convocation d’une session extraordinaire. En effet, l’article 37 des statuts de la FEMAFOOT stipule que «des sessions extraordinaires de l’assemblée générale peuvent être convoquées à tout moment à l’initiative du Comité exécutif ou à la demande de 50% +1 des membres votants par écrit qui correspondent à 29 voix». Les membres demandeurs étaient les Ligues de Bamako, de Kayes, de Ségou, de Tombouctou, de Gao et de Kidal, soit 6 des 9 Ligues du Mali. Quant aux clubs de L1, il s’agit de l’Avenir de Tombouctou, du Djoliba AC, du COB, du CSK, du CS Duguwolofila, du Sabana de Mopti et les clubs champions régionaux à savoir le FC Gaoussou, l’US Kita, le Bronconi AC, l’AS Commune Tombouctou et Atar Club Kidal ainsi que le Groupement des anciens footballeurs (UNAFOM).
Les sanctions. Lors de sa 44ème assemblée générale, la FEMAFOOT a déversée une pluie de sanctions. Tidiani Niambélé et Mamadou Dipa Fané radiés à vie des activités du football ; certains suspendus pour une durée de 10 ans : Salah Baby, Moussa Konaté Président, Yeli Sissoko, Boubacar Monzon Traoré, Abeta Ag Seydou, Cheick Kanté, Mamadou Sow, Aba Mahamane… Et d’autres pour 5 ans : Makan Keita dit Vieux, M’Pa Sylla Président Me Bassalifou Sylla, Moussa Bah… Bref, les décisions sont jugées trop sévères. Cette assemblée générale s’est tenue malgré les injonctions du ministre des sports Housseini Amion Guindo demandant son report compte tenu de la médiation, et l’audience du TAS en cours. Ces sanctions font suite à l’organisation de l’AG extraordinaire le 30 août 2015 à l’hôtel Mandé et qui a abouti à la mise en place d’un bureau parallèle dirigé par Mamadou Dipa Fané, président de l’UNAFOM. Par la suite, le Djoliba AC, le COB, le CSK et l’Avenir de Tombouctou ont été relégués par la Commission centrale de discipline de la FEMAFOOT, en division inférieure le 12 juin 2016. Pour le président de la fédération Boubacar Baba Diarra et son secrétaire général, ces clubs sont frappés par l’article 38 du règlement spécial du championnat national. Et depuis la crise ne fait qu’empirer tous les jours sans qu’une issue favorable ne soit trouvée.
Les médiations. Après plusieurs médiations infructueuses, notamment des chefs notables de Bamako les Niaré et les Touré, du Guide religieux Saïd Cheick Madani Chérif Haïdara, de l’Assemblé nationale, de l’ancien chef d’État Dioncounda Traoré et du Comité Olympique du Mali, l’affaire fut finalement menée par Yéli Sissoko et le CLCM devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), instance juridictionnelle de dernier recours. Suite à l’audience du 2 juin 2016, où les protagonistes des deux parties et leurs avocats furent entendus à son siège de Lausanne (Suisse), le TAS a rendu sa sentence le 4 octobre 2016. Dans ses conclusions, il déclare que «l’Assemblée générale organisée le 31 octobre 2015 par la FEMAFOOT est nulle, ainsi que les décisions adoptées». Et au TAS d’ordonner la convocation d’une autre Assemblée générale avec à l’ordre du jour la révocation de Yéli Sissoko et la suspension de toute autre personne physique au plus tard le 30 novembre 2016. «Cette décision du TAS est illégale. Nous pouvons décider de ne pas la respecter mais nous avons choisi d’organiser une AGE conformément à nos textes et statuts. Nous n’avons rien à perdre», affirmait Boubacar Baba Diarra lors d’une interview accordée à la presse locale en octobre dernier. C’est donc pour répondre à cette injonction, que s’est tenue, le mardi 29 novembre à Sikasso, l’assemblée générale extraordinaire de la FEMAFOOT à laquelle le CLCM n’a pas cependant pas pris part. «Cette AG est une fuite en avant qui nous fait perdre plus de temps», estime Moussa Konaté, président du COB.
La dissolution. Après plusieurs années de querelles internes entre dirigeants du football malien, qui se regardent désormais en chiens de faïence, le ministre des Sports Housseini Amion Guindo est finalement monté au créneau, après que les médiations eurent échouées. En froid avec la FEMAFOOT depuis quelque temps, il a pris la décision de dissoudre le Comité exécutif dirigé par Boubacar Baba Diarra. «Il est mis en place un Comité provisoire chargé d’organiser, de gérer, d’animer, de promouvoir et de développer le football au Mali jusqu’à l’élection d’un nouveau bureau fédéral. À cet effet, le comité est chargé de réunifier la famille du football au Mali, de gérer les activités du football pendant la durée de son mandat, d’organiser les compétitions régulières pour toutes les catégories et d’organiser l’assemblée générale élective conformément aux textes de la fédération. La composition et la liste nominative des membres du comité provisoire sont fixées par décision du ministre des sports», peut-on lire dans la décision du ministre Housseini Amion Guindo dit «Poulo».
La suspension. Après cette déclaration du ministre des Sports, Housseini Amion Guindo, la FIFA a suspendu le Mali pour ingérence politique. Les problèmes au sein de la FEMAFOOT gangrène le monde du sport. Le ministre des Sports a donc décidé d'y mettre fin en annonçant sa dissolution. Le Mali ne participera donc à aucune compétition internationale, jusqu’à ce que le Comité exécutif de la FEMAFOOT soit rétabli dans ses droits. Le ministre est donc obligé de revenir sur sa décision et de laisser cette fédération de Boubacar Baba Diarra, continuer son travail jusqu’à la fin de son mandat au mois de novembre 2017.
Les conséquences. Cette mesure de la FIFA exclut toutes les équipes maliennes et clubs affiliés à la FEMAFOOT de toutes les compétitions internationales et interdit ces derniers d'entretenir des relations sur le plan sportif avec les autres associations membres de la FIFA. Elle exclut également la FEMAFOOT et ses membres des programmes de développement de la FIFA ou de la CAF. Après la disqualification des Onze Créateurs de Niaréla et du Djoliba AC de Bamako, des 16èmes de finale de la Coupe de la CAF, les Aiglons cadets risquent de ne pas défendre leur titre au Gabon du 14 au 28 mai prochain. Les Aigles ne pourront donc pas disputer les éliminatoires de la CAN 2019 ni le reste des éliminatoires du Mondial 2018. Si les choses n’évoluent pas entre temps.

Par Bréhima DIAKITÉ
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